L’église avait inventé une recette imparable : les dames des bonnes œuvres. Saint-Exupéry, qui préférait les vierges folles, les définissait ainsi : « Elles font la charité, donnent vingt francs et exigent la reconnaissance. » Bien vu ! Aujourd’hui, elles ont changé de look mais pas de catéchisme, même si elles se revendiquent d’une obédience farouchement laïque. La Nuit des récents Césars en est la parfaite illustration.
Alors que je m’apprêtais, en bonne lectrice de Gala ou de Paris-Match, à passer un moment décontracte, à me rincer l’œil sur des robes du soir chics ou sur une belle séquence de film… Que nenni, je me suis retrouvée plongée, moi brebis égarée dès le baptême, au milieu de décolletés prodigieux se trémoussant dans une bondieuserie bêlante. Jugez-en ! Toutes nos stars Made in France, toutes ces dames des bonnes œuvres inscrites en haut des génériques arboraient le signe liturgique de rigueur : le ruban blanc en solidarité avec les femmes violées ou battues.
En arrière-fond de cette noble cause, les règles actuelles qui régissent l’univers économique cinématographique : s’abstraire pour une actrice ou un acteur ou encore un réalisateur d’un fait sociétal médiatisé comme l’est le harcèlement sexuel, c’est courir le risque de perdre en partie des spectateurs, de faire moins d’entrées en salle. Difficile à notre époque d’échapper au lobbying ambiant. Sinon…
Du coup, j’en vins à implorer le Frère Supérieur Fellini et son casting de bonnes sœurs en vespa, lorsque s’en sont suivis les discours césariens sur les SDF, sur les immigrés, et de bien entendu la revendication d’un quota pour les femmes réalisatrices. Le rideau de cette 43ème édition à peine tombé, je me sentais de plus en plus attirée par l’enfer de JB, alias ce « JR » de Jérôme Bosch. J’éteins la télé et me tourne vers mon ordi, dans l’espoir de nettoyer mes pensées impies en m’achetant une fringue salvatrice sur le Net. Je tombe raide dingue devant un T-shirt à damner tous les seins du Saint-Cinoche. Double clic… Me voilà passant commande sans avoir eu le temps de dire « stop », au moment précis où je me rends compte que 25% du montant du panier viennent de filer, à mon insu, dans la caisse d’une ONG caritative, partenaire de la marque du fameux T-shirt. Moralité : en 2018, on est obligatoirement la proie d’une bonne œuvre !
Marie France Poirier





