Didier Lockwood : Une étoile s’est éteinte

 

Je hais les dimanches … ! L’autre soir, ce n’était pas à la chanson de Piaf à laquelle je pensais, mais à mon copain Didier Lockwood.

Il s’est éteint subitement, à 62 ans, d’une crise cardiaque foudroyante, alors que la veille encore il jouait à Paris au Bal Blomet. Cet homme au grand cœur était une des étoiles du monde de la musique et dépassait tous les clivages stylistiques. Ayant eu, dans le Nord, une belle éducation musicale classique, il s’orienta très tôt vers les musiques improvisées, le jazz rock tout d’abord (avec Magma) et ensuite le jazz, parrainé par le grand Stéphane Grappelli, qui en fit sont fils spirituel.

Fait assez marquant, il était un des rares musiciens de jazz à jouir d’une notoriété de telle envergure, avec Richard Galliano, ces deux là pouvaient remplir de grandes salles. A ce titre, je suis heureux que les grands médias fassent un si bel écho à sa disparition,  nul doute que cet hommage populaire là est mérité…

Doué d’une technique parfaite, d’une justesse infaillible et d’une liberté étonnante, il était à l’aise dans tous les genres et c’est ce qui m’avait plu en lui d’emblée. Nous nous étions rencontrés dans les clubs parisiens où je trainais souvent dans les années 80/90 ;  avec lui je fis mes rencontres musicales les plus décisives : Martial Solal , Patrice Caratini , Richard Galliano... Nous nous sommes très vite entendus et partagions le goût des expériences et des rencontres. Ces 3 compositeurs m’ont d’ailleurs tous écrit des concertos, il était le dernier sur la liste, le projet était en cours mais le destin empêchera sa réalisation… !  Nous avions aussi un ami commun très cher, Michel Colombier. Il fut son violoniste à l’époque ou il créa son Big Band pour le Nancy Jazz Pulsation en 1974, c’est d’ailleurs à cette occasion que Grappelli le repèrera…

Nous partagions aussi le goût pour la transmission et je me rappelle les longues discussions à la maison sur l’enseignement, notamment celui dans les Conservatoires qu’il voulait réformer… Il a écrit un rapport très intéressant à ce sujet. Il a créé cette école à Dammarie-les-Lys où il a pu développer ses idées novatrices et, avec de nombreux professeurs talentueux, il permit à de nombreux jeunes d’éclore. Je pense notamment aux magnifiques frères Enhco (Thomas et David dont il était le beau père attentionné et qui les mit tous deux sur orbite).

Nous parlions aussi beaucoup de politique, de politique culturelle aussi et de sa tristesse de voir les politiques se désintéresser tant de ce sujet. A ce chapitre, je dois dire qu’il avait pour Dijon et la Côte des attentions particulières.

Ce diner avec Claude Meiller (directrice du Duo Dijon à l’époque ) et François Rebsamen, où nous avons beaucoup parlé des Conservatoires, une soirée passionnante où nous tous avions été conquis par sa vision ouverte, populaire et iconoclaste de l’enseignement. Il aimait notre maire qui fait tant pour la culture et regrettait qu’il n’y en ait pas plus comme lui…

Il a été bien sûr mon invité à de nombreuses occasions au festival Musique au Chambertin. Quel souvenir en 2015 avec Thomas Enhco au Clos Vougeot au Chapitre de la Musique ou il fit son show tout en ayant « oublié » son smoking !

Ces concerts avec la Camerata à l’Auditorium, où nous avons joué ses concertos pour violon et piano, ses mélodies avec son épouse du moment (ma très chère amie Caroline Casadesus, que j’avais retrouvée à Paris dans le très sympathique spectacle mettant en scène le couple, Le jazz et la diva)

Sa dernière prestation à Dijon fut le 14 Juillet 2014 pour le cinquantenaire du Lac, projet concocté avec Jérémie Penquer où il fut époustouflant de créativité, d’énergie, rivalisant avec un feu d’artifice comme si c’était un groupe rock…

Pour ma part , je l’avais revu dans mon restaurant préféré (DZ’ envies) où il avait tenu à me présenter sa nouvelle épouse (Patricia Petibon) venue chanter à l’Auditorium.

Je garderai le souvenir de son regard d’enfant, prêt à se jouer de toutes les situations, un être généreux qui n’avait pas son pareil pour parler au plus grand nombre (sans perdre son âme).  Il m’a fait l’honneur d’être son co-équipier et son ami. Je pense à sa famille et ne me remet pas de la brutalité de cette disparition. Une étoile ne devrait jamais mourir !

Thierry Caens
Trompettiste et ambassadeur culturel de la ville de Dijon