Gare à toi !

 

Je voudrais te faire visiter dans les grandes lignes, cher lecteur, deux des plus beaux fleurons de notre architecture : regarde devant toi ! Tu foules un sol historique ; c’est ici-même que, le 25 août à 17 h 00, que le Général Von Choltitz, gouverneur militaire du Paris occupé, signe l'acte de reddition de l'Armée allemande devant le Général Leclerc : Paris est libérée. Une heure plus tard, le Général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire de la République française, vient se faire remettre cet acte de reddition.

Si tu lèves les yeux, tu aperçois une immense verrière : c’est la fameuse Porte Océane ! Et plus loin, au dehors, tu peux admirer le superbe Jardin atlantique ! Suis-moi à quelques lieues de là pour découvrir un autre monument historique : l’édifice s'organise autour d'une cour en forme de triangle tronqué à son sommet, fermée par deux corps de bâtiments latéraux sous lesquels passent des galeries piétonnes couvertes. Le vestibule, situé au-dessus de la cour d'entrée, est accessible par deux escaliers à l'extrémité des galeries et par un grand escalier au centre de la cour. En 1919, la halle des messageries est prolongée par une seconde halle allant jusqu’au boulevard des Batignolles. En arrière, la salle des pas-perdus est devenue un puits de lumière grâce à la mise en valeur de la verrière et à l'agencement de quatre-vingts boutiques réparties sur trois niveaux.
J’espère que cette visite guidée t’aura plu, cher lecteur. Ne me regarde pas avec des yeux hagards ! J’ai tout mon temps, ce n’est pas comme si j’avais un train à prendre… Mais toi, si tu veux savoir à quelle heure part le tien, tu peux toujours consulter symboliquement « L’Heure de tous », cette magnifique sculpture d’Arman qui accumula dans la cour de ta gare des objets usuels comme des montres géantes ou des horloges. Peu à peu il faudra changer tes habitudes : les gares parisiennes sont des monuments qui se visitent en attendant les trains. De surcroît certains cheminots, anticipant la jouissance de leurs régimes spéciaux de retraites, ont la délicatesse récurrente de se mettre en grève pour que tu puisses profiter à loisir de Montparnasse ou de Saint Lazare. Sache enfin qu’on y trouve de moins en moins de convois au départ ou à l’arrivée, qu’on y troque les voyageurs pour des visiteurs et que la SNCF veille à ta culture en t’évitant de devenir une Bête humaine : rends-toi à l’évidence ! Orsay ! Que je sache, aujourd’hui, c’est un musée…

Alceste