François-André Allaert : « C’est une vraie révolution ! »

Le 21 novembre prochain se tiendra le colloque des objets connectés et applications de santé. Troisième du nom, il est organisé par Dijon Métropole Développement et son président François-André Allaert, qui évoque, pour nous, les enjeux majeurs de ces révolutions technologiques qui arrivent à grands pas. Au moment où Dijon Métropole est récompensée par la Marianne d’Or dans la catégorie Ville intelligente, ce colloque tombe à point nommé !

 

DLH : Vous organisez, pour la 3e année consécutive, un colloque des objets connectés et des applications de santé. Cela montre, si besoin était, l’intérêt d’une telle manifestation qui écrit l’avenir au présent…

FAA : « C’est, en effet, le 3e du nom, ce qui montre bien que ce n’était pas un feu de paille mais une véritable réalité de l’économie de notre Métropole et de la Région Bourgogne Franche-Comté. Nous avons un vrai tropisme dans ce domaine… Ce colloque a été créé pour positionner nos territoires. C’est une façon de nous faire connaître non seulement à l’échelle de la région mais aussi bien au-delà, dans toute la France et à l’extérieur de nos frontières. Nous avons ainsi des inscrits qui viennent de pays étrangers. Nous leur montrons la réalité de la recherche dans ce domaine en Bourgogne Franche-Comté ».

 

DLH Quelle était l’idée originelle qui vous a conduit à organiser cet événement dorénavant pérenne ?

FAA : « L’idée est de positionner, depuis 3 ans, la ville de Dijon comme un lieu de débats et de rencontres autour des dispositifs médicaux. Les enjeux économiques sont extrêmement importants car, en fait, les objets connectés sont par nature des dispositifs médicaux qui ont même pour certains vocation à être remboursés. Les enjeux sociétaux sont aussi majeurs, puisqu’à travers eux, l’organisation des soins sera profondément modifiée. C’est une vraie révolution… Les circuits d’information seront totalement différents. Nous pouvons même imaginer qu’à terme certains patients seront suivis directement par des systèmes d’intelligence artificielle. Nous allons très loin et cela se produira bien avant 10 ans ! La grande difficulté aujourd’hui est de maîtriser ce développement exponentiel afin que ce ne soit pas un Janus à deux visages… »

 

DLH : Pourquoi avoir placé la sécurité comme l’un des thèmes majeurs de cette édition 2017 ?

FAA : « C’est un enjeu essentiel. La protection des données, passant par règlement général, est obligatoire. Celui-ci entrera en vigueur le 25 mai 2018. Tous ceux qui ne seront pas conformes encourront des peines pénales et des amendes pouvant aller jusqu’à 10 millions d’euros. L’on ne joue plus dans la même cour ! La politique européenne en matière de protection des données changent complètement : comme je l’avais plusieurs fois demandé, nous passons d’un système d’autorisation, a priori, à un contrôle a posteriori. Les industriels ne seront plus obligés de faire des déclarations qui prenaient des mois et des mois. En revanche, comme pour les impôts, si vous ne faîtes pas bien les choses, vous aurez très très mal ! Si cet objet connecté ne tient pas les promesses faites et qu’il en résulte un dommage au patient, la responsabilité de l’industriel sera engagée sur le principe de défaut de sécurité. L’effet prouve la faute, ce qui est une bonne chose pour les patients. Les industriels devront avoir fait toutes les études nécessaires aux risques qu’ils peuvent leur faire encourir ».

« Une convergence extraordinaire autour de la ville intelligente »

DLH : L’hôpital intelligent, dont il sera aussi question, prendra-t-il toute sa part dans la ville connectée de demain ?

FAA : « Sur notre Métropole et notre région par extension, nous sommes en parfaite cohérence entre l’hôpital intelligent, la Smart City et les objets connectés. Ce sont les trois volets d’un même triptyque. Nous pouvons imaginer que grâce aux objets connectés et à la ville intelligente, les informations de l’hôpital iront directement aux médecins en impliquant les pharmaciens et les patients eux-mêmes. Nous sommes en train de réussir, avec des acteurs différents au départ, une convergence extraordinaire entre cet hôpital intelligent, cette Smart City et les industriels des objets connectés. Je pense que nous avons mérité cette Marianne d’Or… »

 

DLH : La Marianne d’Or attribuée à Dijon Métropole pour son projet public-privé de Ville connectée a donc dû vous faire plaisir…

FAA : « C’est une véritable reconnaissance. Ce qui est important aussi, c’est que cette Marianne d’Or récompense une action publique-privée. Dans l’organisation de cette Smart City, il est capital d’appréhender dès aujourd’hui les transformations qui vont subvenir dans les 3 ans qui viennent. Avant, les évolutions technologiques mettaient 5 à 10 ans. Aujourd’hui, il faut intégrer dans notre réflexion des évolutions qui vont survenir beaucoup plus rapidement. Il faut une conceptualisation des projets dynamique et non plus statique. Les conceptions dorénavant de systèmes sont par nature évolutives sinon le projet sera obsolète avant même d’aboutir ».

 

DLH : Pensez-vous réellement que l’Open Data puisse, comme présenté dans la Ville 3.0 de demain, favoriser l’émergence de start-up et l’attractivité ?

FAA : « L’Open Data intéresse beaucoup de personnes. Au travers de cela, Dijon peut devenir un véritable laboratoire, notamment au niveau des études comportementales. Les choses vont changer et il faudra mettre en place des outils d’évaluation de toutes les évolutions. Cela sera même très important d’utiliser ces données pour faire un pilotage. Nous pourrons voir ainsi comment la population réagit à l’avènement de la cité intelligence. Les gens n’adhéreront que si les garanties par rapport à la confidentialité, à l’intégrité et à la disponibilité de leurs informations sont maintenues »

 

DLH : Votre colloque s’interroge sur ce « à quoi ressemblera l’homme dans 50 ans ». Une idée ?

FAA : « Je ne sais pas comment il sera mais nous aurons un homme qui aura la possibilité d’être augmenté, dans sa vision, dans tous ses sens… Les organes pourront être remplacés par des procédés techniques. Nous avons vu des immenses progrès dans les prothèses, Proteor à Dijon en est un excellent exemple. Il aura, qui sait, des capacités que nous n’imaginons pas du tout. Imaginez qu’avec les objets connectés nous ne savons pas ce qui est possible à 3 ans, alors à 50 ans ! Personne n’imaginait que l’on allait mesurer la glycémie à partir d’une lunette qui filtrerait l’humeur aqueuse de l’œil. L’homme sera complètement modifié dans son fonctionnement ! »

 

DLH : Nelson Mandela écrivait : « Cela semble impossible jusqu’à ce qu’on le fasse ». Pensez-vous que la liberté sera encore possible ?

FAA : « Quelle sera la liberté de l’homme dans ce système, voilà le risque majeur. Il y a aussi le risque de l’apparition d’une société à plusieurs vitesses : ceux qui auront les moyens d’augmenter leurs capacités, de devenir des mutants, et les autres. Cela pourrait concerner aussi la médecine. Il faudra également être très prudent sur la gestion de l’ensemble des informations produites. Je ne parle même pas des données individuelles. Mais il y aura un tournant. Si l’on va dans la bonne direction, soit on arrivera à contrôler ce développement soit, à un moment, les gens diront on arrête. J’aime bien un ouvrage d’Etienne de La Boétie, intitulé De la Servitude volontaire… Ce serait un immense progrès si tout est bien contrôlé mais, dans le cas contraire, cela pourrait aboutir à des catastrophes. C’est, je pense, le rôle de l’Etat mais aussi de chaque citoyen. La seule arme que nous avons contre ces systèmes est de les utiliser ou non. Si nous ne les utilisons pas, ils mourront financièrement… »

 

Propos recueillis par Xavier Grizot