Soirée Sinfonia Varsovia

Sergueï Prokofiev est un compositeur russe de la première moitié du XXe siècle qui privilégie le rythme et l’association d’un lyrisme moderne et d’une inspiration plus sobre : ses musiques sont particulièrement adaptées au cinéma, notamment plusieurs films d’Eisenstein. Son œuvre, jouée par l’Orchestre symphonique polonais Sinfonia Varsovia dirigé par Thomas Rösner, est à (re)découvrir à l’Auditorium de Dijon le mardi 14 novembre 2017 à 20 heures.

Dès l’enfance, Prokofiev montre des facilités pour l’apprentissage de la musique et pour la composition. Il étudie l’orchestration avec Rimski-Korsakov et affirme très tôt son anticonformisme. Il remporte le prix Anton Rubinstein en tant que meilleur étudiant de piano. A l’occasion d’un concert, il joue devant Stravinski, puis quitte Saint-Pétersbourg pour Paris où il rencontre Diaghilev avec qui il monte plusieurs ballets. Au moment de la Révolution russe en 1917, Prokofiev choisit l’exil, ce qui lui permet de trouver le temps de composer. Après avoir écrit sa première symphonie, il crée à Chicago une œuvre essentielle dans sa carrière, l’opéra L’Amour des trois oranges, qui connait tout de suite un grand succès. Il continue à composer des œuvres nombreuses et diverses en Europe (concertos, symphonies).

En 1933, il décide de rentrer en Russie, attiré par les promesses que lui fait le gouvernement. C’est une autre période fructueuse (Roméo et Juliette, Cendrillon, Ivan le Terrible) qui prend fin avec la guerre. Après de graves problèmes de santé, persécuté par l’URSS, Prokofiev s’éteint presque dans l’oubli, effacé par la mort de Staline le même jour.

Exceptée la musique religieuse, Prokofiev a abordé tous les genres. Il a donné le meilleur de lui-même dans la musique pour piano et dans les œuvres chorégraphiques et cinématographiques. Et pourtant, réaliste, volontaire, tourné vers le concret et l’avenir, spirituel et provocateur, Prokofiev n’en est pas moins un lyrique qui a toujours su adapter son invention mélodique aux divers styles qu’il a pratiqués.

Les deux concertos pour violon de Prokofiev sont comme deux frères. Ils encadrent tous deux une période de grande instabilité et de grande nostalgie dans la vie du compositeur.

1917 : alors que Prokofiev vient d’achever son Premier Concerto, la révolution éclate en Russie, poussant le compositeur à émigrer dès l’année suivante.

1935 : après avoir séjourné tour à tour en Allemagne, en France et aux Etats-Unis sans y trouver un véritable foyer et sans pouvoir refermer la blessure de l’exil, Prokofiev, qui travaille à son Deuxième Concerto, entreprend un voyage en URSS qui sera le dernier pas de son retour au pays, effectif l’année suivante.

Ces années d’exil marquent aussi la période la plus inspirée de sa production, embrassée par ces deux partitions. Les années qui suivront verront le compositeur aux prises avec le dirigisme artistique du régime stalinien dont il ne verra pas la fin.

Ces deux partitions nous proposent également Prokofiev à son meilleur : équilibré, inspiré, plein de spontanéité créatrice et de vitalité – Scherzo du Premier Concerto -, d’une bouleversante tendresse dans le lyrisme, sachant tirer parti de l’instrument sans jamais tomber dans la démonstration gratuite, osant des couleurs originales et subtiles – comme dans le magnifique dialogue entre violon, flûtes et harpe de la fin du premier mouvement de l’op.19 –, laissant libre court tout en douceur à sa nostalgie douloureuse dans l’Andante bouleversant de l’op.63.

Ces deux partitions, parmi les sommets du répertoire du XXe siècle, servis par l’archet superlatif de Davis Grimal, seront présentées à l’Auditorium de Dijon le mardi 14 novembre 2017 à 20 heures par l’Orchestre symphonique polonais Sinfonia Varsovia dirigé par Thomas Rösner.

Au programme également : Roméo et Juliette de Tchaïkovski et l’Oiseau de Feu, Suite 1919 de Stravinsky.

Alain Bardol