TOUS VOISINS… ET PAS TOUJOURS A LA FÊTE !

Quel a été l’événement marquant, la veille de cette Belle de Mai que fut la Nuit Européenne des Nusées ? Tout bonnement, la fête des voisins qui a réuni aussi sa belle galerie de portraits de voisins/voisines, éclairés aux braises rougeoyantes du barbecue, à la manière d’un Georges de La Tour ou d’un Caravage. Bref, côté cour et côté jardin, ce fut, ce 19 mai dernier, l’entente cordiale là où – d’ordinaire – les partages de territoire, qu’il s’agisse d’un immeuble ou d’une petite copropriété, s’apparentent souvent à la guerre de siège, au lancer de catapulte … Voilà d’ailleurs qui explique que nos familles politiques aux prises avec les législatives les plus épineuses de notre Ve République se soient également embusquées, ce même 19 mai – date-butoir des inscriptions – dans le trivial poursuit « Voisine/Voisin d’Hémicycle je te veux, je te hais ». Tant chez les Macroniens/ Républicains, ou les Mélenchoniens/ PS/Hamoniens, ou enfin les Mariniers FN/Matelots de Dupont-Aignan.

Exit l’Agora, l’Assemblée nationale et… Et revenons à l’espace plus intime et tout aussi ubuesque de la vie en immeuble ou dans une maison en copropriété. Les « Pouvez-vous me dépanner d’un peu de sucre ? » ou les « Auriez de l’aspirine ? » peuvent déclencher une guerre en dentelles, à l’opposé de la paix des ménages, et donc remettre en jeu la coexistence pacifique d’un palier à l’autre. Selon une étude statistique, 6% de voisins/voisines noueraient, en effet, des relations amoureuses ! Vive cet art du porte-à-porte plus chaleureux que le glacial échange de regards en chien de faïence dans l’ascenseur… D’ailleurs, ne soyons pas chagrins : il arrive que tout un immeuble soit saisi d’un bel élan de solidarité en cas de détresse de l’un de ses occupants. Voilà pour l’aspect transcendantal du fameux « vivre ensemble ». Reste les cas les plus subtils à bien gérer, sans aller jusqu’auboutisme. Tels que ? Eh bien, les couples intrusifs, faussement serviables à l’excès, qui boulottent votre territoire et menacent votre territorialité. Le remède-miracle : SOS Quai d’Orsay ! Autre « casus belli », celui généré par une famille « maniaco-bricoleuse ». Damned ! Le dimanche de préférence, Papa Castor hisse les couleurs au son d’une perceuse ou d’un percuteur. Enfin, quel plan Orsec déclencher, pour bouter hors les murs de votre minuscule T3 l’inopportun voisin qui passe les murailles, avec une musique à fond la caisse ? Ou encore comment endiguer les «voisins d’en face » qui – ouille, ouille ! – cuisinent à l’ail et à l’oignon frit ? Tous voisins, tous différents, tel est le substrat de notre pauvre état d’humains. Nous sommes les seuls modèles au monde à être équipés de l’option « parole ». Servons-nous en… Nous aurons ainsi tout à gagner en jugulant les conflits grâce à un dialogue apaisé. Jusqu’à preuve du contraire…

Marie-France Poirier