Le Requiem de Gabriel Fauré

L’Orchestre Dijon Bourgogne et le Chœur de l’Opéra de Dijon dirigés par Gergely Madaras interpréteront le Requiem op.48 de Gabriel Fauré, le vendredi 2 juin à 20 heures à l’Auditorium de Dijon.

La messe de Requiem en ré mineur, op. 48 de Gabriel Fauré, est l'une de ses œuvres les plus connues et les plus chantées et jouées.

L'histoire de sa composition s'étend de 1887 à 1900. Elle fut créée le 16 janvier 1888 au cours de funérailles dans l'église de la Madeleine. Le passage le plus célèbre de l'œuvre est sûrement l'air pour soprano Pie Jesu, pouvant être chanté par un garçon ou une femme. On doit à Camille Saint-Saëns, maître de Fauré à l'école Niedermeyer, une formule qui n'est évidemment pas à prendre au sens propre : « Ton Pie Jesu est le SEUL Pie Jesu, comme l’Ave verum de Mozart est le SEUL Ave verum ». Inutile de préciser que l'histoire compte bien d'autres mises en musique de ces textes liturgiques.

Tout au long du XXe siècle, le Requiem de Fauré a beaucoup inspiré les compositeurs français, à l'exemple du Requiem, pour soli, chœur et orchestre (1937-38) de Joseph-Guy Ropartz et du Requiem, op. 9 pour soli, chœurs, orchestre et orgue (1947) de Maurice Duruflé, fondés sur la même structure liturgique et d'inspiration musicale voisine.

Véritable tube du répertoire choral sacré, le Requiem op.48 de Fauré fut composé peu de temps après la disparition de ses parents. C’est une œuvre plutôt apaisée, lumineuse, qui existe en deux versions : une première de 1893 dite « de chambre » et une seconde de 1901, dite « symphonique », destinée aux salles de concert, dont l’orchestration est probablement de la main de Roger-Ducasse.

La foi réelle de Gabriel Fauré prête encore à discussion. Il n’en reste pas moins que le compositeur français accoucha dès l’âge de dix-neuf ans du Cantique de Jean Racine, simple exercice d’étude à l’Ecole Niedermeyer devenu depuis un véritable tube du répertoire choral sacré.

Par ses fonctions à la paroisse de la Madeleine à Paris entre 1877 et 1905 (Maître de chapelle puis organiste), il est amené à accompagner des offices, diriger des chœurs. C’est dans ce cadre qu’il envisage la composition d’un Requiem dont l’écriture s’étale sur plusieurs années (1888-1900). S’il correspond à l’époque où Fauré perd coup sur coup son père (1885) puis sa mère (1887), il ne semble pas avoir été composé pour une intention particulière. Fauré écrivit plus tard : « Mon Requiem a été composé pour rien… pour le plaisir, si j’ose dire ! Peut-être ai-je ainsi, d’instinct, cherché à sortir du convenu, voilà si longtemps que j’accompagne à l’orgue des services d’enterrement ! J’en ai par-dessus la tête. J’ai voulu faire autre chose ». Il témoigna également à propos de l’esprit de l’œuvre : « Mon Requiem, on a dit qu’il n’exprimait pas l’effroi devant la mort. Quelqu’un l’a appelé une berceuse de la mort. Mais c’est ainsi que je ressens la mort, comme une délivrance heureuse, plutôt que comme un passage douloureux ».

C’est une œuvre plutôt apaisée, lumineuse, qui a la particularité de ne pas contenir de Dies irae, mais qui inclut un In paradisum, traditionnellement chanté à l’issue d’une cérémonie d’obsèques. Fauré écrit son Requiem pour chœur (composé à l’époque uniquement d’hommes, enfants et adultes) et orchestre, ce dernier ayant la particularité de ne pas comprendre de violons, excepté le violon solo dans le Sanctus, ni de bois. L’œuvre, du moins la première mouture fut créée le 16 janvier 1888 à la Madeleine en mémoire d’un architecte disparu un an auparavant, et Louis Aubert, futur compositeur, mais alors maîtrisien, fut un des premiers à chanter le Pie Jesu, aujourd’hui surtout confié à une voix de femme.

Le Requiem de Fauré est l’un des Requiem les plus originaux de tout le XIXe siècle, en complète rupture avec la tradition du Requiem romantique.