Il n’y a pas d’âge…

Régulièrement lors d’émissions à la radio ou à la télévision une question revient de la part des journalistes « docteur jusqu’à quel âge peut-on faire l’amour ? ». La réponse je l’ai trouvée à travers un exemple ; un jour, au cabinet, je reçois un patient pour une dysfonction érectile datant de 6 mois, et en l’interrogeant sur son âge (99 ans !), j’apprends qu’il avait des rapports sexuels presque quotidiens ! Cet exemple a conforté mon idée, à travers l’expérience clinique, que la sexualité n’a pas d’âge, et tant qu’on est en bonne santé, on a le droit à une sexualité.

Alors que la sexualité et l’érotisme sont omniprésents dans la société, parler de sa propre intimité est plus complexe. A tout âge, aborder la question de la sexualité, même avec un professionnel de santé, reste tabou. Que dire alors de la sexualité des personnes âgées ?

Le regard de la société sur le vieillissement est trop souvent teinté de préjugés. En effet, la clinique quotidienne montre une demande de plus en plus forte de prise en charge à tous les âges de la vie. Les seniors ont une vie psychique comme chacun d’entre nous, balayée par les images du passé, de leur enfance, de leur vie professionnelle, de leurs échecs, mais sans oublier leur présent, leur place, et la présence plus ou moins obscure de la mort pour soi.

L’existence d’un individu est à la fois un continuum et une série de ruptures, d’étapes différentes. S’il semble évident pour tous que l’on puisse parler d’une sexualité infantile, d’une sexualité adolescente ou adulte, l’idée de parler d’une sexualité de l’âgé n’est pas encore évidente tant notre modèle sociétal est encore dans cette double contradiction du rester jeune et d’un regard sur la sexualité des âgés et en particulier des plus vieux comme une originalité voire une anormalité. Car, dans la vieillesse, il y a plusieurs étapes en liens avec les fonctions sociales (retraites) familiales (grande parentalité) personnelles (maladie, dépendance) et conjugales (veuvage, séparation). Entre une personne de 60 ans et une de 80, il existe une génération donc un contexte d’éducation, de vie, et un corps différents. Va aussi se poser la question de la conjugalité dans son côté routine ou de nouvelle expérience de couple.

L’accompagnement sexologique en dehors de l’interrogatoire et de l’examen classique en consultation de sexologie va donc tenir compte de ces paramètres. On pourra retenir comme axes à explorer :

  • La relation au corps et donc à soi avec toutes les interrogations sur ce corps de moins en moins fiable et désirable, sur des sensations qui se modifient. Pourront aussi se poser la question des pathologies somatiques avec des séquelles réelles ou imaginaires.

  • La culture sexologique de l’individu ancrée dans une époque et une représentation du normal, de l’autorisé, du pathologique. L’importance du regard social (voire familial) comme interdicteur sera à évaluer et à prendre en compte (les âgés sont souvent les premiers censeurs de leur sexualité).

  • La relation du couple inscrite dans une durée, dans des changements sociaux (retraite) une autre dimension à prendre en compte. La question du veuvage, du deuil, de la fidélité à la disparue et des inquiétudes pour la création d’un nouveau couple sera aussi à aborder.

Le vieillissement sexuel reste mal connu du fait de multiples tabous et ignorances individuels et sociétaux. En fait, parmi les différents rôles de la sexualité, le seul qui perd définitivement sa place avec l’âge est la reproduction via la ménopause de la femme. Tous ses autres rôles, relationnel, identitaire, ludique et/ou amoureux persistent même très souvent jusqu’à un âge avancé. Physiologiquement, le vieillissement sexuel entraîne, tant chez l’homme que chez la femme, des changements plus ou moins importants de la réponse sexuelle. Ainsi, chez l’individu en bonne santé, l’érection est plus longue à venir, la période réfractaire augmente, la sensibilité sensorielle génitale diminue. La fréquence et la qualité des érections nocturnes diminuent parallèlement à la baisse de la testostérone et du sommeil. Chez la femme, les secrétions vaginales diminuent. Même si le désir est présent, l’homme et la femme ont donc besoin davantage de stimulations d’où la place privilégiée : du partenaire, de l’environnement, de l’information.

Il est intéressant de se rappeler que nos seniors sont nos semblables, qu’ils sont des êtres désirants, que la sexualité est importante pour leur bien-être, et que chaque âge de la vie se confronte à de nombreux réaménagements.

Accompagner, soigner la sexualité nécessite, quel que soit l’âge, la compréhension du contexte. Pour la personne vieillissante, cette dimension est essentielle et nous oblige à penser encore plus la globalité de l’individu. Parallèlement à l’information des sujets âgés, la prise en charge des diverses morbidités chroniques : troubles urinaires, cardiovasculaires, iatrogènes, anxio-dépressifs, et facteurs de risque : tabagisme, surpoids, sédentarité liés à l’âge aide à mieux préserver l’état de santé globale et donc la santé sexuelle.

Docteur Dany Jawhari
Médecin sexologue à Dijon

Secrétaire Général Adjoint de la Société Francophone de Médecine Sexuelle
dany-jawhari@wanadoo.fr