Le 29 janvier dernier, comme partout dans l’Hexagone, Benoît Hamon s’imposait à Dijon à hauteur de 61,07%. Une véritable révolution dans l’univers du PS local ! Et la conclusion d’une Primaire où le patron des socialistes, François Rebsamen – l’un des premiers hollandais – n’avait pas pris position. Le maire de Dijon a été peu disert depuis… Si bien que seuls deux membres de son équipe ont parrainé Benoît Hamon ! A gauche, cette campagne surréaliste s’apparente véritablement à… 2017, l’odyssée de l’espace présidentiel ! Décryptage.
Mais qu’est-ce qu’il lui est passé par la tête ? Combien de fois, depuis mai 2012, n’a-t-on pas entendu cette interrogation ! Une récurrence (mais ce n’est évidemment pas tout !) qui conduisit à un événement inédit sous la Ve République. Le 1er décembre dernier, le président « normal » se distinguait par une anormalité en ne briguant pas un 2e mandat… et plongeait, par la même, la Gauche dans l’inconnu politique.
Il est vrai que, même pour celui que ses contempteurs se plaisaient à qualifier de « culbuto », l’effet de bascule était d’autant plus annoncé qu’il avait dû faire face, tout au long de son mandat, à ses détracteurs de l’intérieur : les frondeurs, comme le fut, par exemple ici, la députée Kheïra Bouziane.
François Rebsamen en avait parfaitement conscience : il sait que le destin de la Gauche au pouvoir, confrontée au réel, est d’être souvent accusée de trahison. Accusation dont il fut lui-même la cible lors de sa montée rue de Grenelle à Paris pour prendre la tête du ministère du Travail. Rien à voir, certes, avec ce qu’a vécu, à sa suite, Myriam El Khomri, dont la loi a réveillé le pavé… et mis la Nuit Debout.
Cette chronique d’une mort annoncée n’a pas empêché le maire de Dijon de soutenir François Hollande alors même que tous les vents étaient contraires et que beaucoup abandonnaient le navire. Plus que Sénèque – « Tirons notre courage de notre désespoir même » –, c’était plutôt l’approche mitterrandienne qui le guidait : « La clarté est la forme la plus difficile du courage ! »
Une chose est sûre : l’ancien hôte de la rue de Grenelle ne pouvait imaginer, qu’après le désistement du Président la valeur travail prendrait une telle place dans la Primaire de la Belle Alliance populaire. Avec le revenu universel, Benoît Hamon s’érigeait en parangon de la gauche utopiste, ne plaçant plus le travail comme valeur centrale, émancipatrice de la société, comme l’avait fait le PS tout au long de son histoire… C’est, en cela principalement, que les deux gauches qui se sont affrontées au second tour de cette Primaire étaient « irréconciliables », selon la formule de Manuel Valls. On connaît le résultat : in fine, ce furent l’ancien Premier ministre et la sociale-démocratie qui ne purent se réconcilier avec la majorité des électeurs de gauche !
Le « mino »… devient majoritaire
A Dijon comme partout en France, Benoît Hamon a ainsi perdu son surnom de « mino », renvoyant tout autant à son statut d’éternel minoritaire au PS qu’à son parcours à la tête du Mouvement des jeunes socialistes (MJS). Car, cela, François Rebsamen ne le sait que trop bien : Benoît Hamon a réussi le tour de force d’apparaître comme un homme neuf, alors que cela fait plus de 25 ans qu’il arpente les arcanes du PS. Entré après les lois Devaquet, il avait fait repousser la limite d’âge du MJS pour en prendre les rênes à 26 ans. Tel un vieux roublard dès ses premiers pas politiques…
Orphelin de François Hollande, François Rebsamen n’a appelé à voter pour personne lors de cette bataille intestine. Même, entre les deux tours, il a préféré gardé le silence, Hamon n’ayant jamais été sa tasse de thé, comme vous l’aurez compris. Et que dire de ses rapports avec Manuel Valls, avec lequel il a eu tant de différends. Notamment pour occuper la place Beauvau en 2012…
Ce fut seulement un François Rebsamen virtuel que les participants découvrirent à la réunion de lancement de campagne de Benoît Hamon, le 9 mars au cellier de Clairvaux à Dijon. Etant absent, il intervint par vidéo interposée pour ce que d’aucuns ne manqueront pas de qualifier de service minimum.
Une intervention vidéo qui ne pouvait faire oublier l’une de ses déclarations précédentes : « Je n’ai qu’un seul but : éviter de revivre un 21 avril 2002. Le moment venu, je soutiendrai le candidat à même d’y arriver. Si c’est le candidat de ma famille, tant mieux… » Et, dans le cas contraire ? En tout cas, dans la bouche de celui qui a été numéro 2 du PS et président du groupe socialiste au Sénat, cette déclaration n’est pas anodine.
C’est, à n’en pas douter, la raison pour laquelle ils n’ont été que deux, dans son équipe – Hamid el Hassouni et Océane Charret-Godard – à parrainer à la date du 3 mars Benoît Hamon. Et à rejoindre ainsi en Côte-d’Or, parmi les 7 signataires (!), la conseillère départementale Christine Renaudin-Jacques qui a été de toutes les batailles, depuis des années, pour l’ex-courant minoritaire… !
En tout cas, et c’est le moins que l’on puisse dire, la mobilisation, le souffle nécessaires ne sont pas là ! Et si… la véritable question dorénavant, dans les têtes des socialistes proches de François Rebsamen, était… quand ? Quand franchiront-ils le pas pour se mettre eux aussi… En Marche ?
L’autre François…
Car, même l’alliance avec Yannick Jadot, approuvé par 80% des écologistes – mais pesant peu dans le paysage politique –, n’a pas électrisé la campagne de Benoît Hamon. Les discussions avec Jean-Luc Mélenchon et sa France insoumise dans un restaurant chilien n’ayant pas abouti au dessert escompté, l’horizon présidentiel s’éloigne… tout en se rapprochant à vitesse grand V. Dans moins de 45 jours, nous connaîtrons les deux prétendants au duel final…
Alors beaucoup s’interrogent : et si l’issue pour la gauche était de se rallier à la comète politique qui, depuis, sondage après sondage, semble être devenue une étoile électorale ? Celui qui a réussi, 10 ans après la tentative avortée de Ségolène Royal, l’alliance avec François Bayrou… Celui qui est « un véritable OVNI » dans l’histoire de la Ve République, qui incarne un candidat du 3e type et qui, transgressant tous les canons politiques, est comme une fusée dans les sondages.
Le professeur à l’Université de Bourgogne, ancien chargé de recherche au CNRS, Pierre Pribetich – le bras droit de François Rebsamen candidat PS sur la 2e circonscription – n’aurait, qui sait, pas son pareil pour nous expliquer cet alignement des planètes au-dessus de la tête d’Emmanuel Macron…
Mais, dans l’univers socialiste de Côte-d’Or, c’est l’autre François qui, depuis le début, croit au destin présidentiel de l’ancien ministre de l’Economie. Le sénateur François Patriat fut, en effet, parmi les tout premiers à le rejoindre et n’a de cesse depuis de le placer sur orbite élyséenne. L’ancien président de région pense qu’Emmanuel Macron est le seul capable de franchir le cap du 1er tour. Et d’être en situation d’affronter Marine Le Pen et le Front national… Miraculé de la route, après un terrible accident au mois de septembre, il espère que le miracle macronien se produise.
Si tel est le cas, les socialistes, dijonnais ou d’ailleurs, n’auront plus de question à se poser, car, s’il est bien une constance dans cette campagne surréaliste – prise en otage par les affaires judiciaires –, la leader du Front national demeure à l’apogée de toutes les enquêtes d’opinion. Avec une base de lancement des plus solides puisque 80% des sondés se disent certains de leurs choix alors que pour Emmanuel Macron, le socle est beaucoup plus friable (un tiers seulement sont réellement décidés).
La campagne réservant, au quotidien, son lot de surprises… et de turpitudes, les pronostics sont à prendre avec une infinie précaution. Tous font état aujourd’hui du plafond de verre sur laquelle se heurterait inexorablement Marine Le Pen au 2e tour. Une seule chose est certaine depuis des mois : les électeurs n’aiment rien moins que faire mentir les sondages !
Xavier Grizot





