L’actualité le démontre : le combat électoral est fortement déconseillé aux natures fragiles et aux âmes sensibles. Il y faut des nerfs. Nos politiques s’emploient à prouver qu’à leur niveau, selon leur expression fétiche, « ils font bouger les lignes ». Mais encore faut-il lire entre ces lignes dont les mouvements incessants troublent la copie. C’est ce que nous vous proposons dans ce qui suit : une lecture entre les lignes, sans concession, de la situation politique au sein de la droite locale en pleine « affaire Fillon ».
28 novembre 2016. Lendemain du second tour des primaires de la droite. Les amateurs d’art auraient volontiers représenté François Fillon sous les traits de l’odalisque d’Ingres, rêveuse, alanguie sur un moelleux sofa et s’éventant avec des palmes sous un ciel bleu indigo. L’ancien Premier ministre était devenu, un peu contre toute attente, le favori de la prochaine élection présidentielle. Mais les jours ont passé, et avec eux quelques éditions du Canard Enchaîné, chargeant de lourds et noirs nuages au-dessus de la tête de la nouvelle icône de la droite et du centre que les mêmes amateurs d’art glisseraient tout aussi volontiers désormais dans un tableau du Caravage dont l’utilisation du clair-obscur permet de contraster les couleurs et donne à voir la douleur…
L’affaire Fillon est-elle de nature à affecter le paysage politique départemental dont on sait qu’il est bien loin de ressembler à une nature morte ? On peut en douter tant les acteurs locaux sont depuis longtemps engagés dans des jeux florentins, des intrigues, des luttes de clans et autres coups bas…
Grosse agitation dans la 1re circonscription
En dehors d’Alain Houpert, aucune voix ne s’est véritablement élevée pour tenter de dessiner un éventuel plan B à la candidature de François Fillon. Le turbulent sénateur, vestale du sarkozysme, qui revendique le monopole de la vertu dont Montesquieu faisait la condition de la République, toujours élégamment drapé dans la grande cape de la dissidence, pense peut-être avoir trouvé une audience bien plus efficace que sa représentation parlementaire. Mais il a été le seul…
Les autres politiques de la droite et du centre, eux, ont maintenu un soutien, parfois du bout des lèvres voire même dans une posture « hémiplégique », au candidat Fillon et organisé ou participé à des réunions de campagne. En bons soldats. C’est le cas de François-Xavier Dugourd, conseiller départemental et… secrétaire LR de la 1ere circonscription qu’il convoite dans le cadre des prochaines élections législatives. Circonscription où pourrait se dérouler la plus belle des batailles.
Le 1er vice-président du conseil départemental a déjà trempé un orteil dans le Rubicond en dévoilant ses nouvelles intentions. Dans tous les cas, la méthode ne laisse guère de doute sur sa détermination. Car « FX », comme ses amis l’appellent, n’a guère d’autre choix que de forcer le passage sur cette circonscription et tenter de griller la politesse à sa collègue des Républicains, Anne Erschens qui, elle, bénéficie de l’investiture de son parti. Pas d’autre choix s’il veut rester une pièce maîtresse de l’échiquier politique dans la perspective des élections municipales à Dijon en 2020. « FX » est en quelque sorte comme ces joueurs de poker qui connaissent bien ce dilemme torturant : quitter la table ou bien rajouter une mise au risque de tout perdre… Sans compter que depuis que Brennus jeta son glaive dans la balance pour humilier Rome conquise, le principe « Vae victis ! » -malheur aux vaincus- reste en vigueur dans ce bas monde de la politique.
Ainsi donc, bien loin des tourments de François Fillon, la bataille entre François-Xavier Dugourd et Anne Erschens aura lieu quoi qu’il arrive. Comme quoi la guerre des droites n’est pas seulement un affrontement générationnel.
La droite dijonnaise éclate un peu plus
Anne Erschens, de son côté, est bien décidée à tenir et à ne pas céder un pouce de ce terrain que lui a cédé la commission d’investiture des Républicains en juin dernier, terrain qui l’éloigne quelque peu de la 2e circonscription où elle s’était faite élire en 2012 comme suppléante de Rémi Delatte. Conseillère municipale à Dijon, chef de l’opposition à François Rebsamen, elle vient de se prendre les pieds dans sa traîne que Laurent Bourguignat et Virginie Voisin-Vairelles ont lâchée sans état d’âme dans une confusion où le bon sens n’est pas à la noce.
La droite élue au sein du conseil municipal se retrouve encore plus divisée qu’elle n’était avec la création d’un troisième groupe pour seulement 11 élus. Une situation qui a aussitôt fait sortir du bosquet Alain Houpert qui a annoncé qu’il serait à nouveau candidat en 2020…
Dur apprentissage donc pour Anne Erschens du métier de patron de l’opposition. Et, d’abord que ce n’en est pas un. C’est au mieux un sacerdoce. Au pis un calvaire. Cette situation nouvelle fragilise donc un peu plus la candidate officielle des Républicains qui devra aussi être en mesure de contrecarrer la stratégie de retour de Bernard Depierre sur cette circonscription qui se dit, in petto, que ce désordre le servira. L’ancien député (2002-2012) fait preuve d’une détermination dont certains doutaient qu’il fût encore capable.
Quelle que soit l’issue du scrutin, on sait déjà qu’il faudra beaucoup de volontaires pour remettre de l’huile dans cette grande machine à fabriquer du consensus.
Le vent du boulet dans la 4e circonscription
Dans ce contexte, l’UDI, et son candidat déclaré Ludovic Bonnot, pourraient avoir le vent en poupe mais il n’y a pas de vent sauf celui du boulet que fait souffler le Républicain Hubert Brigand sur une autre circonscription, la 4e, terre d’élection de François Sauvadet, président du conseil départemental de Côte-d’Or. Le maire et conseiller départemental de Châtillon-sur-Seine s’affiche comme un bloc de certitudes, projetant une force tranquille qui s’oppose à l’UDI Charles Barrière, conseiller départemental d’Is-sur-Tille, et candidat choisi par François Sauvadet, chantre du juste milieu. La messe est loin d’être dite dans ce grand territoire rural et les deux protagonistes ont largement dépassé les assauts d’amabilité… Désormais, et jusqu’à la fin du premier tour des élections législatives, la guerre sera impitoyable. Les duels ne s’arrêteront pas au premier sang. Au demeurant, les adversaires ne s’en cachent pas.
Le travail de démineur ne connaît pas que des succès
Tout cela n’est pas pour rassurer Rémi Delatte, député LR de la 2e circonscription, soutien de François Fillon de la première heure, qui occupe, depuis un an, les fonctions acrobatiques de président des Républicains de Côte-d’Or. Rémi Delatte qui n’a toujours pas fait savoir s’il serait candidat à sa propre succession en juin prochain, doit faire preuve d’habileté pour mixer le chaud et le froid, le sucré et le salé… et éviter le coup de feu dans sa propre cuisine et celle de ses amis politiques. L’actuel maire de Saint-Apollinaire découvre un poste qui le condamne à une impopularité fonctionnelle qui pourrait être de nature à lui nuire dans les prochaines semaines. Comme quoi le travail de démineur ne connaît pas que des succès. A la guerre des chefs dans les coulisses des états majors parisiens s’est ajoutée une guerre des sous-chefs locaux dans la mesure où un nombre anormalement élevé de seconds couteaux entend y participer.
Et le Front national dans tout cela ? Il compte les coups et les points, et fait ses choux gras de la dramatisation des combats fratricides auxquels se livrent les élus de droite. Les politiques parlent beaucoup du général de Gaulle ces temps derniers. Ils devraient se méfier des Français, ces « veaux », selon la formule du général de Gaulle, qui, sans prévenir, se transforment parfois en taureaux…
Jean-Louis PIERRE





