Gluck, le grand réformateur de l’opéra

Assistant régulier d’Emmanuelle Haïm, Iñaki Encina Oyón, dirigera l’Orchestre Dijon Bourgogne à l’Auditorium de Dijon les 4 et 6 janvier 2017 à 20 heures et le dimanche 8 à 15 heures pour l’opéra en trois actes Orphée et Eurydice de Gluck, spectacle mis en scène par la talentueuse Maëlle Poésy.

Avec les Euridice de Caccini et Peri et surtout L’Orfeo de Monteverdi, le mythe d’Orphée a présidé à la naissance de l’opéra qui n’a cessé de s’y ressourcer depuis.

De 1600 à 2000, ce ne sont pas moins de trente-huit œuvres lyriques que l’on peut dénombrer, de toutes les époques et de tous les styles, de Giulio Caccini à Philip Glass en passant par Charpentier, Lully, Telemann, Haydn, Milhaud, Krenek ou Henze.

Dans cette longue histoire de la réappropriation d’un mythe par chaque génération, Christoph Willibald Gluck (1714-1787) occupe une place à part.

De l’opéra ou du théâtre ? Mauvaise question, aurait sûrement répondu Gluck, pour qui l’un et l’autre allaient de pair et devaient s’unir jusqu’à se confondre, pour exprimer la quintessence du drame. Son Orphée et Eurydice est la plus brillante illustration de cette conquête. Lorsqu’il reprend, plus d’un siècle et demi après Monteverdi, la fable de l’Orfeo, Christoph Willibald Gluck se lance dans un renouveau des codes de l’opéra en vigueur sur les scènes. Des codes qu’il trouve trop chargés, trop badins, trop anecdotiques. Tout focaliser sur l’action dramatique : telle est sa vision. Voilà qui explique la puissance de son Orphée et Eurydice, écrit pour Paris après avoir été une œuvre italienne. Enrichie de ballets et de chœurs, la musique est d’une beauté lumineuse, au service de la tragédie pure. Les trois actes dessinent un opéra comme décanté, réduit à sa forme noble et idéale. Comme si Gluck atteignait l’expression de la vérité avec une évidence et une grâce toute classique.

Ayant perdu son épouse Eurydice, Orphée pleure sa mort durant la cérémonie funèbre. Les Dieux, voyant le chagrin du jeune héros, l’autorisent à descendre aux Enfers pour qu’il aille chercher sa bien-aimée. Une seule condition lui est imposée : qu’il ne croise pas le regard d’Eurydice en remontant des Enfers. Accueilli d’abord avec hostilité par les Esprits infernaux, Orphée est guidé par les Ombres heureuses qui lui rendent Eurydice. Tous deux chantent le bonheur de leurs retrouvailles, et Orphée veille à ne pas regarder son épouse. Mais celle-ci commence à douter de l’amour d’Orphée, qui lui refuse tout contact. Tenu au silence, Orphée finit pourtant par briser le serment et témoigne son amour à Eurydice : la jeune femme s’effondre aussitôt, laissant Orphée à nouveau seul. Toutefois, grâce à l’intervention de l’Amour, ils seront bientôt réunis pour l’éternité.

Gluck est un compositeur prolifique, très célèbre en son temps dans toute l’Europe. Son œuvre opère une refonte radicale du genre en le dégageant des formes baroques et le projette vers un avenir dont Berlioz et Wagner se saisiront.

C’est avec Orphée et Eurydice, créé dans sa première version italienne à Vienne en 1762, que se mettent en place les éléments principaux de la « réforme » de Gluck : construction dramatique serrée et articulée en vastes tableaux alternant solistes et chœurs ; abandon du récitatif et de l’aria au profit d’une imbrication plus souple collant à l’action dramatique.

Lorsque Paris sera devenu le centre d’activité musicale de Gluck, une nouvelle version en français verra le jour. Fortement remaniée, plus libre dans l’usage des nouveautés formelles que la version italienne inaugurait, cette version dégage une séduction plus immédiate et plus chaleureuse, tout en conservant cette noblesse des sentiments – le fameux « J’ai perdu mon Eurydice » du troisième acte – qui caractérise le style unique du compositeur.

Gluck sut mieux que personne réaliser la fusion des styles lyriques divers. Il reste, de nos jours, le grand réformateur de l’opéra français qui, près d’un siècle après Lully, manquait passablement d’imagination.

Il a exercé une influence profonde sur l’évolution du drame lyrique, notamment sur Mozart, qui applique génialement ses idées sur l’équilibre à trouver entre musique et drame. Au XIXe siècle, Berlioz fit de Gluck un de ses dieux avec Beethoven.

Alain BARDOL