Salariés de TPE : Pierre-Antoine Kern en appelle à la majorité silencieuse

Du 28 novembre au 12 décembre, les salariés de TPE (entreprises de moins de 11 salariés) sont invités à élire leurs représentants syndicaux. Ils peuvent voter par courrier ou en ligne sur election-tpe.travail.gouv.fr pour élire les syndicats qui les représenteront pendant quatre ans pour négocier leur convention collective (salaire, horaires, congés, formation, sécurité…) et plus largement les conditions de retraite, d’assurance chômage, d’assurance maladie… Les syndicats élus représenteront également les salariés de TPE dans les commissions paritaires régionales interprofessionnelles (CPRI).

Dijon l’Hebdo : Un patron de PME, qui plus est président du Medef Côte-d’Or, qui incite ses salariés à voter pour désigner le syndicat qui les représentera pour les quatre prochaines années, ce n’est pas banal ?
Pierre-Antoine Kern : « Pourtant, c’est l’intérêt de tous que nos salariés de TPE soient représentés avec objectivité. Aujourd’hui plus de 80% des salariés de TPE ne votent pas à ces élections et ces 80% sont la majorité silencieuse, celle que nous connaissons et avec qui nous travaillons au quotidien. Ce sont souvent des collaborateurs raisonnables, qui savent que la vie d’une entreprise n’est pas un long fleuve tranquille. Cette majorité silencieuse est peu représentée actuellement dans les syndicats. Cela permet aux extrémistes habituels, ceux qui refusent les votes du parlement, qui bloquent le pays en toute illégalité d’être au-devant de la scène et de bénéficier d’une légitimité qu’ils n’ont pas en réalité ».

Dijon l’Hebdo : Cela sous-entend-il que les patrons aspirent à des relations apaisées avec les représentations syndicales ?
P.-A. K. : « Nous avons de très bonnes relations avec les syndicats de salariés ouverts à des idées nouvelles pour réformer notre pays. Mais évidemment, je pense que nous serions tous gagnants à retrouver la qualité du dialogue que nous avons dans nos TPE. Car les choses se passent la plupart du temps très bien, nous trouvons des solutions avec du bon sens et dans un grand respect mutuel ».

Dijon l’Hebdo : Il y a pourtant une campagne nationale d’information qui est organisée par le ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social. Faut-il en déduire qu’elle n’est pas suffisante ?
P.-A. K. : « Il ne faut négliger aucune piste pour faire progresser la démocratie. On le voit, l’obscurantisme gagne notre pays comme le reste de l’Europe et du monde. Le citoyen « consommateur » est une proie facile pour ceux qui agitent et jouent des peurs. Trop de nos concitoyens sont mal informés sur l’économie en général et sur la mondialisation en particulier. Il faut que nous soyons acteurs et agissants, pour expliquer ce qui se passe dans notre environnement. Les salariés de nos TPE doivent aussi être encouragés à faire évoluer la vision réductrice et déformée que nous entendons trop souvent au sujet des entreprises et de leurs patrons ».

Dijon l’Hebdo : Concrètement, dans votre entreprise, il vous faut aussi faire de la pédagogie en expliquant, par exemple, ce qu’est et à quoi sert une Commission paritaire régionale interprofessionnelle (CPRI) ?
P.-A. K. : « La Commission paritaire est composée de salariés et employeurs d’entreprises de moins de 11 salariés. Ces membres sont désignés par les organisations syndicales de salariés et par les organisations syndicales professionnelles d’employeurs. La CPRI a un rôle d’information auprès des salariés de TPE mais aussi auprès des patrons de TP. Elle a également pour rôle de faciliter la résolution des conflits, individuels ou collectifs dans les TPE.
En France, nous vivons dans un environnement règlementaire absurde, complexe, notamment en matière de droit du travail. C’est un sujet que je connais bien car j’ai été moi-même conseiller Prud’homme. Cela me permet de renseigner directement mes salariés en matière de droit du travail, avec un dialogue permanent et sain. C’est ce que la CPRI pourra certainement apporter aux salariés de TPE ».

Dijon l’Hebdo : Les résultats de cette élection spécifique aux TPE seront agrégés à ceux des élections dans les entreprises de plus de 11 salariés pour déterminer, au niveau départemental, le nombre de conseillers prud’homaux pour chaque syndicat… Les prud’hommes dont on sait qu’ils sont rarement favorables aux employeurs…
P.-A. K. : « C’est le droit du travail qui est défavorable aux employeurs. Il y a dans un bureau de jugement deux conseillers Prud’homaux salariés et deux conseillers Prud’homaux employeurs. Lors de leurs débats (les délibérés), il faut une analyse juste et factuelle des situations pour déterminer ensuite l’application des textes. Et il faut reconnaître que l’on a parfois l’impression que certains, heureusement minoritaires, sont plus là pour casser du patron que pour rendre une justice loyale. Alors encore une fois, j’en appelle à la majorité silencieuse.
Salariés des entreprises de moins de 11 salariés, ne laissez pas les autres voter pour vous, informez-vous et votez vous-même ! »

Propos recueillis par Jean-Louis PIERRE