Vieillissement sexuel, parlons-en !

« Docteur ce n’est plus comme avant, j’ai évoqué le problème avec mon médecin traitant, il m’a dit oui mais à votre âge ! Est-ce vrai qu’avec les années ma sexualité va s’arrêter, y a-t-il des moyens pour que l’avancement en âge ne nous prive pas, ma femme et moi, de notre intimité sexuelle ? Nous tenons vraiment à pouvoir continuer faire l’amour le plus longtemps possibles ».
Le vieillissement sexuel reste mal connu du fait de multiples tabous et ignorances individuels et sociétaux. En fait, parmi, les différents rôles de la sexualité, le seul qui perd définitivement sa place avec l’âge est la reproduction via la ménopause de la femme. Tous les autres rôles, relationnels, identitaires, ludiques et amoureux persistent même très souvent jusqu’à un âge avancé quoique avec d’importantes variations inter mais aussi intra-individuelles. Physiologiquement, le vieillissement sexuel entraîne, tant chez l’homme que chez la femme, des changements plus ou moins importants de la réponse sexuelle. Ainsi, chez l’individu en bonne santé, l’érection est plus longue à venir, la période réfractaire augmente, la sensibilité sensorielle génitale diminue, les tissus génitaux deviennent plus fibreux.
La fréquence et la qualité des érections nocturnes diminuent parallèlement à la baisse de la testostérone et du sommeil. Chez l’homme, l’éjaculation est plus longue à venir et de plus faible volume. Chez la femme, les sécrétions vaginales diminuent. Même si le désir est présent, l’homme et la femme ont donc besoin davantage de stimulations d’où la place privilégiée : du partenaire, de l’environnement, de l’information. La réalité de ces modifications de « performance sexuelle physiologique » doit être connue pour être mieux acceptée, ce qui évite un déphasage à l’origine de frustrations réciproques dans le couple.
Elle facilite également la notion d’adaptation, comme les lunettes pour la presbytie, pour une sexualité plus « complice » et moins performante même si la capacité érectile reste toujours un facteur prédictif de la satisfaction sexuelle de l’homme. Cette plus grande « fragilité » physiologique avec l’âge souligne l’intérêt d’entretenir régulièrement l’activité sexuelle pour éviter toute altération sénile. Ainsi, la baisse de l’activité sexuelle peut induire un déficit en androgène au niveau hormonal, à l’origine de cercles vicieux physiopathologiques auto-entretenant la réduction d’activité sexuelle et favorisant la fibrose sénile progressive des tissus érectiles.
Ce « sex-exercice » est d’autant plus important que le sujet âgé a un profil de risque sexuel majeur puisqu’il accumule les facteurs de risque bio-psycho-environnementaux. Ainsi, parallèlement à l’information des sujets âgés, la prise en charge des diverses morbidités chroniques : troubles urinaires, cardio-vasculaires, iatrogènes, anxio-dépressifs, et facteurs de risque : tabagisme, surpoids, sédentarité liés à l’âge aident à mieux préserver l’état de santé globale et donc la santé sexuelle.

Docteur Dany Jawhari
Médecin sexologue à Dijon
Secrétaire Général Adjoint de la Société Francophone de Médecine Sexuelle
dany-jawhari@wanadoo.fr