Ça va trop vite…

« Docteur, merci de m’avoir reçu, j’ai besoin de vous, si vous ne m’aidez pas, ma femme va partir ! Elle dit de ne pas avoir du plaisir quand nous faisons l’amour, que cela va trop vite. J’ai toujours eu une éjaculation rapide et depuis qu’elle me l’a fait remarquer, cela s’est aggravé ! »
Il est aujourd’hui de plus en plus fréquent de recevoir des hommes qui se plaignent d’une éjaculation précoce. Selon les études internationales, ce trouble touche 20 à 25 % de la population masculine. L’augmentation du nombre de demandes de prise en charge est certainement due à l’évolution de la société. De nos jours la finalité de tout acte sexuel est l’orgasme pour les deux partenaires.
L’homme souffrant de ce trouble ressent que son éjaculation vient trop vite, il ne peut ni la contrôler ni la différer, et elle est la cause d’une souffrance pour lui et pour sa compagne.
Trois hypothèses pouvant évoquer les causes de ce trouble. La première serait dû à l’inquiétude : l’homme a peur de ne pas être à la hauteur. Il ressent, de ce fait, une grande anxiété au moment du rapport, qui accélère son réflexe d’éjaculation. La deuxième hypothèse se réfère plutôt aux comportements, la façon d’être au moment de l’acte sexuel. On suppose que, au cours de sa première relation, l’homme s’est crispé, trop préoccupé par la découverte de cette sexualité avec pénétration. Il a gardé en mémoire cette première attitude et a conservé la même approche au cours des rapports suivants. La troisième hypothèse ne s’inscrit pas dans le cadre d’une pathologie, mais insiste tout simplement sur la différence entre les individus. Ces différences sont liées à leur constitution physique notamment au niveau des médiateurs dans le cerveau et plus particulièrement « la sérotonine ». Une seule de ces trois hypothèses serait suffisante pour certains spécialistes, mais pour beaucoup d’autres, dont je partage l’opinion, les trois peuvent se retrouver au sein d’un même individu.
Les pistes thérapeutiques découlent de ces hypothèses. Apprendre l’homme à se détendre, à dénouer ses muscles, à reconnaître ses sensations, d’identifier la venue du plaisir et de s’arrêter pendant l’acte pour contrôler sa montée avant l’éjaculation. Lors du réflexe d’éjaculation, il arrive un moment où l’homme ne peut plus faire marche arrière, il faut donc interrompre toute stimulation avant que ce seuil ne soit atteint. Dans certaines situations l’apport d’un traitement peut constituer un appui facilitant ce travail.
La sexualité constitue un des moments privilégiés entre un homme et une femme, l’éjaculation précoce peut être une source de grande frustration. Le rapport commence bien, tout semble fonctionner parfaitement et soudain tout s’arrête ! S’occuper d’un homme qui souffre d’une éjaculation prématurée ne revient donc pas seulement à essayer de l’aider lui, mais aussi à donner une chance à son couple.
Docteur Dany Jawhari
Médecin sexologue à Dijon
Secrétaire Général Adjoint de la Société Francophone de Médecine Sexuelle
dany-jawhari@wanadoo.fr