Pourquoi enseigner la philosophie dès la seconde ?

Avec les programmes de l'EMC (Enseignement Moral et Civique), la ministre de l’Education entend associer dans une même mouvance pédagogique la formation du futur citoyen et le développement de sa raison critique.
A la prochaine année scolaire, le fameux brevet de fin de cycle du premier degré comportera une épreuve spécifique. Objectif : l'élève doit acquérir une conscience morale lui permettant de comprendre, de respecter et de partager des valeurs humanistes de solidarité, de respect et de responsabilité dans notre société démocratique, multiculturelle et multireligieuse.
Dès les années 2002/2003, le Groupe Saint-bénigne jouait les précurseurs en instaurant enseignement et ateliers de philosophie au lycée professionnel (dans les ex-classes de Brevet d’Etudes Professionnelles). Aujourd’hui, et plus que jamais, la direction et les professeurs ont le souci de mettre en exergue –outre la morale et le civisme– l’éveil à la spiritualité.
Georges Bon, directeur adjoint du Groupe Saint-Bénigne, professeur de philosophie, est l’homme du jour à qui « Dijon L’Hebdo » pose LA QUESTION.
«  En étendant les ateliers de philosophie à toutes les classes de seconde de Saint-B, qu’il s’agisse de l’enseignement général et technologique ou de l’enseignement professionnel, quel sens voulez-vous donner au parcours scolaire de vos élèves? Comment la pratique de la philosophie peut-elle les accompagner dans une progression vers la maturité, une ouverture aux autres ? »
Georges Bon : « Dans le cadre du programme de l’enseignement moral et civique, nous souhaitons proposer à tous les élèves entrant en seconde une initiation à la réflexion philosophique. Il s’agit d’y consacrer une heure par quinzaine, et ce, par le biais d’ateliers d’apprentissage au débat argumenté.
Je voudrais tout d’abord préciser que notre propos s’inscrit dans l’esprit Vincentien de Saint-B (1), selon lequel l’instruction est un bien et un droit pour tous, ainsi qu’un moyen de promotion humaine et intellectuelle. Bien évidemment, nous ne visons pas un enseignement de l’histoire de la philosophie. La finalité, c’est d’amener nos élèves à mieux se connaître eux-mêmes, à penser par eux-mêmes, et à les faire s’interroger sur leurs propres idées pour réfléchir avec raison. Nous nous mettons dans les pas de Socrate !
Les adolescents éprouvent souvent de la méfiance, ils ont également une perception erronée de la philo. Ce qui traduit en réalité un manque de confiance dans leurs propres aptitudes. Comme nous avons pu le mesurer dans l’enseignement professionnel, au cours des années passées, l’élève retrouve de l’estime de soi et aborde l’échange avec autrui avec plus de recul.
Attention ! Ces ateliers doivent répondre à deux exigences : se forger une capacité à argumenter, conceptualiser, et instaurer le dialogue en s’ouvrant à autrui. On est bien loin des feux croisés de conversations autour d’une table… Il faut apprendre aux lycéens à faire évoluer leur pensée dans un cadre rationnel, et non à l’asseoir sur des impressions, des a priori ou des ressentis, souvent sources de préjugés. Nous sommes là dans un domaine bien différent de celui de la pédagogie traditionnelle : l’initiation à la réflexion philosophique, entend préparer l’élève à devenir un adulte de réflexion, capable de porter des jugements autonomes et non pas à en faire un simple exécutant !
Notre démarche : initier au maniement des concepts afin de développer l’expression personnelle et le sens critique, de faire naître un cheminement intellectuel, un éveil à la spiritualité, qui ne doivent jamais se départir de la volonté d’y associer les autres.
Concrètement, chaque classe de seconde bénéficiera d’une vingtaine d’heures tout au long de l’année scolaire 2016/2017. Le programme sera animé bien sûr par les professeurs de philo de Saint-B, mais –et c’est assez formidable– par des enseignants d’autres disciplines. Dans un passé proche, au lycée professionnel, les élèves avaient devant eux un professeur de maths, d’anglais ou même de cuisine etc. Tous ces enseignants volontaires ont très vite manifesté un grand intérêt, ainsi que le désir de s’associer à cette mission. Et, pour ce faire, ils n’ont pas hésité à suivre une formation idoine.
Déjà plusieurs thématiques sont arrêtées : en classe de seconde, la notion de justice sera assortie de l’interrogation : « Qu’est-ce qu’être un citoyen ? » « Comment fonctionne la justice ? » ou encore « l’égalité se confond-elle avec la justice » ? C’est une opportunité également pour nos élèves de seconde générale de découvrir la spécialité ouverte en série littéraire « Droit et grands enjeux du monde contemporain », qu’ils pourraient choisir en classe de terminale.
J’aimerais conclure par des témoignages d’élèves d’enseignement professionnel, qui, au sortir, de ces ateliers de philo nous confient : « J’ai découvert que j’étais capable de réfléchir par moi-même ; j’ai retrouvé de la confiance et l’estime de moi ».
Les échanges entre élèves, adolescents ou adultes ne se développent pas de façon aléatoire mais, au contraire, doivent être structurés, si l’on veut qu’ils soient profonds, fructueux et porteurs d’avenir. C’est précisément ce rôle que le groupe Saint-Bénigne assigne aux ateliers de philosophie …
Propos recueillis par Marie France POIRIER

(1) : Saint Vincent de Paul[ a été une des grandes figures du renouveau spirituel et apostolique du XVIIe siècle français. Prêtre, fondateur de congrégations, il œuvra tout au long de sa vie pour soulager la misère matérielle et morale.