Connaissez-vous l’histoire du Boléro de Ravel ?

Le Boléro de Maurice Ravel, né à Ciboure en 1875, est une musique de ballet pour orchestre en do majeur qui fut composée en 1928 et créée le 22 novembre de la même année à l’Opéra Garnier par sa dédicataire, la danseuse russe Ida Rubinstein. Mouvement de danse au rythme et au tempo invariables, à la mélodie uniforme et répétitive, le Boléro de Ravel tire ses seuls éléments de variation des effets d’orchestration, d’un lent crescendo et, in extremis, d’une courte modulation en mi majeur.
Cette œuvre singulière, que Ravel disait considérer comme une simple étude d’orchestration, a fait l’objet dès sa création d’une très large diffusion jusqu’à devenir, de nos jours encore, une des œuvres musicales les plus jouées dans le monde. Mais l'immense popularité du Boléro tend à masquer l'ampleur de son originalité et les véritables desseins de son auteur.
Le Boléro est une des dernières œuvres écrites par Maurice Ravel avant l’atteinte neurologique qui le condamna au silence. Les seules œuvres d’envergure qu’il a composées par la suite sont le Concerto pour la main gauche (1929–1930), le Concerto en sol majeur (1929–1931) et les trois chansons de Don Quichotte à Dulcinée (1932–1933).
Année faste pour la musique, 1928 vit aussi la naissance du Quatuor à cordes no 4 de Bartók, du Quatuor à cordes no 2 de Janáček, du Concerto pour clarinette de Nielsen, de la Symphonie no 3 de Prokofiev, des Variations pour orchestre de Schönberg, du Baiser de la fée et d’Apollon musagète de Stravinski.
L’histoire du Boléro remonte à 1927 alors que Ravel, dont la réputation dépassait déjà de loin les frontières de la France, venait d’achever sa Sonate pour violon et piano et devait s’embarquer pour une tournée de concerts de quatre mois aux États-Unis et au Canada. Son amie et mécène Ida Rubinstein, ancienne égérie des Ballets russes de Diaghilev, lui passa commande d’un « ballet de caractère espagnol » qu’elle comptait représenter avec sa troupe de ballets[]. Enthousiasmé par cette idée, Ravel, qui n’avait plus composé pour le ballet depuis La Valse en 1919 et dont les derniers grands succès dans cet exercice remontaient à Ma Mère l'Oye et aux Valses nobles et sentimentales en 1912, envisagea d’abord, en accord avec sa collaboratrice, d’orchestrer six pièces extraites de la suite pour piano Iberia du compositeur espagnol Isaac Albéniz[].
Pour un problème de cession de droits, le projet fut ralenti puis finalement abandonné.

Ravel avait changé de projet. Il lui était venu entre temps l’idée d’une œuvre expérimentale, de quelque chose de jamais encore tenté : « Pas de forme proprement dite, pas de développement, pas ou presque pas de modulation ; un thème genre Padilla (compositeur espagnol contemporain de Ravel), du rythme et de l’orchestre », écrivait-il à son ami Joaquin Nin durant l’été 1928[].
Pour ce qui est du rythme, le fandango original semble avoir été assez vite remplacé par un boléro, autre danse traditionnelle andalouse que ses voyages en Espagne lui avaient fait connaître. La naissance de la mélodie a été rapportée par le confrère et ami de Ravel, Gustave Samazeuilh. En villégiature avec lui à Saint-Jean-de-Luz à l’été 1928, il raconta comment le compositeur, avant d’aller nager un matin, lui aurait joué un thème avec un seul doigt au piano en lui expliquant :
« Madame Rubinstein me demande un ballet. Ne trouvez-vous pas que ce thème a de l’insistance ? Je vais essayer de le redire un bon nombre de fois, sans aucun développement, en graduant de mon mieux mon orchestre. Des fois que ça réussirait comme la Madelon[]… »
L'éditeur de musique Jacques Durand, réjoui que Ravel compose une œuvre entièrement nouvelle, pressa le compositeur d'achever le ballet pour le début de la saison 1928-1929[]. Ravel composa son Boléro entre juillet et octobre 1928 et le dédia à sa commanditaire Ida Rubinstein.
Ravel voulait mettre en exergue de sa partition : « Enfoncez-vous bien cela dans la tête ! ». Inlassablement répétée pendant une quinzaine de minutes sur un rythme immuable, la mélodie du Boléro est simple en apparence mais, selon le critique Emile Vuillermoz, « bien peu de musiciens professionnels sont capables de reproduire de mémoire, sans faute de solfège, la phrase entière qui obéit à de sournoises et savantes coquetteries. »

C’est le chef Jos van Immerseel et Anima Eterna Brugge qui nous offrira cette œuvre le vendredi 11 mars à 20 H à l’Auditorium de Dijon, avec les instruments de l’époque, dans sa teinte d’origine.

Alain BARDOL