Daniel, le cuisinier des rockers

Quel est le point commun entre les Rolling Stones, Scorpion, Kiss, Iron Maiden, Bowie, Pink Floyd, Quenn, Franck Zappa, et bien d’autres encore ? La réponse est Daniel Larue, un Dijonnais à la carrure imposante, au regard doux, les cheveux légèrement grisonnants. Ce jeune retraité a rencontré tous ces grands noms de la musique. Grand fan de rock ? Guitariste ? Impresario ? Non. Tout simplement cuisinier. Daniel a travaillé pour tous ces artistes. Et la liste ne s’arrête pas là, avec du côté des Français : « Charlélie Couture, Indochine, Thiéfaine, Gainsbourg, Cabrel, Téléphone…”, Daniel égrène ces noms le regard perdu dans des souvenirs fabuleux.
Avec une formation de lettres classiques, Daniel Larue commence sa carrière professionnelle chez le plus gros libraire de la Cité des Ducs. Mais depuis toujours une même passion le tenaille, la cuisine. Alors il cuisine, pour les siens et pour ses potes musiciens. Car Daniel aime aussi beaucoup la musique. En 1974, Fernand Royer et Daniel Linuesa, actuel gérant d’Euromuses, font venir à Dijon Pink Floyd et demande à leur copain cuisto amateur d’assurer la popote de Roger Waters et toute sa clique. Il enchaîne avec quelques autres concerts dont celui de ZZ-Top. C’est là qu’il rencontre le producteur Albert Koski, le plus gros organisateur de concerts rock en France. « Il me propose de suivre toutes les tournées des groupes pour assurer tous les repas des musiciens et techniciens » se souvient Daniel. C’est ce que l’on appelle le catering. Daniel Larue crée la première société française de la spécialité. De 1980 à 1986, il suivra, avec sa femme Laurence le plus souvent, la plupart des tournées françaises des groupes rock internationaux. « J’ai fait des milliers de concerts, sur un rythme de dingue ».
« Sur des tournées, il m’est arrivé de ne rien entendre des concerts, car il fallait faire les courses, la cuisine, le nettoyage, s’occuper des loges et c’était souvent du non-stop, car dès que c’est fini, on démonte tout et on prend la route, pour une autre ville… ». « C’était un travail très dur » lâche le colosse un peu fatigué, « mais on vit en dehors du temps, et j’ai rencontré des personnalités exceptionnelles ». La plus déjantée : « Alice Cooper, sans conteste ». La plus attachante : « Peter Gabriel, mais aussi Johnny Winter, Tiéfaine, Cabrel... ».
Sur son visage on lit l’admiration qu’il porte à toutes ses stars : « Des gens très pro, qui ont beaucoup de respect pour les personnes qui travaillent avec eux ». Son meilleur souvenir : les deux concerts des Stones de Paris et Nice en 1982 avec 6 000 repas servis. « Il y avait une ambiance extraordinaire. Mick Jagger, Bill Wyman et les autres sont charmants ».
En 84, lors de la tournée de Scorpions, Daniel connaît de grosses angoisses. « A cause des grèves de transporteurs routiers, on prenait des petites routes avec les semi-remorques pour éviter les barrages ». Pour Bowie, Daniel refuse d’obéir aux recommandations du manager. « Vous êtes en France, vous mangerez français ». Ziggy se plie sagement au verdict. Quand il est perclus de crampes de fatigue, sur la tournée de Fela Kuti, (100 personnes à table tous les jours, ça n’est pas rien !), c’est le sorcier personnel du père de l’afrobeat qui le soigne.

Anecdotes, souvenirs, rencontres fantastiques… Daniel Larue a de quoi écrire tout un livre.