S’il vous plaît Jean Wiacek, dessinez-nous un mouton !

« Fais de ta vie un rêve, et d’un rêve, une réalité ». Une citation bien connue d’Antoine de Saint-Exupéry. Paré à décoller dans son sillage ? Les similitudes entre les aspirations de ce brillant aviateur-écrivain et celles de Jean Wiacek, président de l’aéroclub de Darois, sont en effet bien étranges. Une comparaison aussi tentante que surprenante.
Jean Wiacek naît en 1944, l’année même de la disparition de l’aviateur et enfant, il rêve d’être marin, tout comme Saint-Exupéry. Une autre flotte le fascine également : les avions. Alors qu’il réside sur la Côte des vins, il enfourche son vélo pour aller voir les appareils décoller, en bout de piste, à Ouges. « Je faisais de grands signes aux pilotes et quand ils me répondaient, c’était le grand bonheur ! » se souvient-il. Tiens donc, ça nous rappelle encore quelqu’un... En faire son métier ? Pourquoi pas mais le manque d’information et les rumeurs auront raison de la vocation du jeune garçon. « On m’avait dit : il ne faut pas avoir été opéré et moi j’étais déjà couturé de partout. »
A l’école, Jean Wiacek, à l’instar de l’écrivain, est plus attiré par les chiffres que les lettres. Il décroche son baccalauréat en comptabilité. Dans le même temps, le jeune homme se met à la guitare – Saint-Exupéry était violoniste – et joue dans les bals pour se faire un peu d’argent de poche. Peu de temps après, il s’envole en Centrafrique, ancienne colonie française, pour y faire son service militaire. Une destination dictée par son « envie de voir du pays ». Durant près de deux ans, il y apprend la rigueur, le management et la conduite des hommes. Passé de deuxième classe à sergent, il est d’ailleurs amené à assurer l’intérim de l’officier en charge de sa section. L’armée lui propose l’engagement qui ne le tente pas. En revanche, il devient réserviste et grimpera plus tard les échelons jusqu’au grade de commandant.
De retour sur le plancher des vaches françaises, Jean Wiacek a le sentiment que ses compétences en comptabilité se sont volatilisées « au rythme des tam tam et des bruits de la brousse africaines ». Il reprend la musique et réalise bien vite que « ce milieu est rempli de chômeurs talentueux ». Alors pas le choix, il révise ses classiques d’arithmétique et trouve un premier job de gestionnaire dans une société immobilière spécialisée dans le logement pour les fonctionnaires. Parfait. Enfin presque car son bac ne lui suffit pas pour évoluer. A 25 ans, le jeune homme doté d’un besoin intrinsèque de progresser dans tout ce qu’il entreprend, fait sa première voltige : il trouve un autre emploi dans un groupe HLM et reprend en parallèle des études d’expertise comptable assorties d’un dernier cycle en maîtrise d’ouvrage à Science Po. Cette parenthèse sacrificielle de neuf ans, rien que ça, lui permettra d’obtenir un poste de responsable des finances puis de directeur.
Revenons maintenant à nos moutons. Passé la trentaine, Jean Wiacek a enfin les moyens de s’offrir le sésame qu’il convoitait depuis si longtemps, le brevet de pilote. Le bonheur. « A la naissance, on sait instinctivement nager mais pas voler. Quand on apprend à voler, on découvre un espace de liberté formidable, même s’il faut savoir rester humble face à la puissance de la nature car comme disait mon instructeur, l’élément le moins fiable dans un avion, c’est le pilote ! ». Il va jusqu’à passer la visite spécifique permettant de devenir pro, que ce soit dans l’armée, le transport de voyageurs ou encore comme instructeur. « Le médecin m’a annoncé que j’étais apte à exercer tous ces métiers ». Il n’aurait pas dû le bougre ! Nouveaux questionnements intenses pour Jean Wiacek. Entre le cœur et la raison, il faut choisir. « J’étais bien installé dans la vie grâce à mes études et les besoins en pilote ont toujours été aléatoires... » La raison l’emporte. Le cœur sera comblé peu de temps après.
En 1983, l’aéroclub, qu’il fréquente assidûment, lui propose d’intégrer le comité en tant que vice-président. Quelque dix plus tard, il endosse la casquette de président qu’il ne quitte plus. L’association compte aujourd’hui 240 adhérents. Il est vrai que ça ne se bouscule pas au portillon pour reprendre des responsabilités qui se sont accrues, notamment avec l’Europe et le recrutement de salariés pour le club. Quoi qu’il en soit, notre Saint-Exupéry dijonnais croque la vie à pleines dents. Papa de deux jeunes femmes, Jean Wiacek a su leur transmettre son goût de l’aviation. Du reste, ses croustillantes anecdotes couplées à sa parfaite connaissance de la navigation aérienne mériteraient sans doute d’être relatées dans un ouvrage…
F.P