Little Italy, c’est New York à Dijon

La grande tendance des nouvelles enseignes de bouche, c’est de faire voyager le mangeur par l’assiette et la déco. Foin des ambiances standardisées, on « sature le signal », afin que l’impression soit donnée d’une expérience exotique à nulle autre pareil. Affirmer une personnalité, imposer un style, proposer un « package » global, tel est le « pitch » de restaurants en quête d’identité, et de concept vendeur.
Ainsi en va-t-il de Little Italy, niché rue Verrerie, dans l’une des rues les plus calmes et belles d’une cité dijonnaise qui n’en manque pourtant pas. Comme son nom l’indique, voici un « tout en un » appétissant et dépaysant, tout à la fois trattoria, épicerie traditionnelle, café, restaurant et pizzeria.
A quelques encablures, le propriétaire des lieux vous emmène au Japon (le Bento), mais ici, on est donc en Italie, ou plutôt à New York, puisque l’idée, c’est d’ouvrir la porte d’une trattoria sise dans Big Apple. Et un crochet US pour goûter les produits de la Botte, c’est le pied, non !? Dépaysement garanti, d’autant plus que « ça parle » (ou plutôt « ça chante ») italien derrière le grand comptoir.
On pousse la porte et ça sent bon. Bon point, ça ! Un bouquet d’Italie vous flatte les narines et vous fait frétiller les papilles. Donny Brasco le looser serait affalé dans un vieux fauteuil club devant un ristretto que ça ne semblerait pas anachronique !
La déco est léchée, hétéroclite à souhait, faussement négligée, entre loft grunge et studio de cinéma, sur fond de fauteuils club profonds, avec coin bistrot à l’entrée, devant de belles vitrines proposant la charcuterie italienne et fromages transalpins, et murs de pâtes et autres confitures et huiles à acheter. L’intello parlerait de lieu « postmoderne », celui qui aime l’ordre de « bric à brac ». Mais laissons dans ce lieu épicurien la théorie au snob, et passons à la pratique, fourchette en mains.
Alors l’assiette ? L’objet est grand et profond, rempli raisonnablement, sans plus. Mais nous sont offerts de petits bouquets de saveurs, avec des ingrédients top niveau arrivant en direct de la Botte, et qui concentrent en qualité ce qui n’a pas besoin de se donner à profusion. Tout y est : antipasti, légumes grillés, pasta (artisanales) du jour et jolies pizzas à gros rebords, garnies à souhait ; mention spéciale pour la « Coppola » avec Parme de 24 mois. Le NYC cheesecake vaut son pesant de pêché de gourmandise, tout comme la panacota et le tiramisu. Juste avant, essayez le fromage enroulé dans du jambon Italien à l'huile de truffe, c’est meilleur qu’un coup de pied au derrière !
La carte des vins (présentée sur iPads, le grunge n’empêchant pas le high tech) est riche en bons nectars produits en Toscane et ailleurs en « Transalpie », elle est vaste, composée à bon escient, pour tous les palais et toutes les bourses.
Une clientèle plutôt jeune, branchée et internationale fréquente Little Italy. L’ambiance, à défaut d’être déconcertante, est décontractée. La minuscule terrasse et les toilettes étonnantes ajoutent au charme du lieu. Quant au service, il est pro, mais un peu lent, et c’est dommage, quand il fait soif et qu’on attend la deuxième bouteille ! Mais rançon de la gloire naissante, il faut réserver, car le lieu ne désemplit pas aux heures de pointe.
Le brunch dominical vaut le prix et le détour, tout est à emporter et tout, ou presque, est maison ou direct d’Italia, l’adresse faisant de plus épicerie et take away.
Bref, Little Italy, mamma mia, c’est delicious.