« Kennedy ? Toujours une grande émotion »

C'est le plus dijonnais des Américains. Alex Miles, pâtissier, enseignant, conférencier, chercheur, écrivain… nous livrent ses impressions sur le cinquantième anniversaire de la mort de John Fitzgerald Kennedy

Alex Miles, Où étiez-vous le 22 novembre 1963 ?
J'étais dans mon lycée, un établissement dans le Bronx, à New York.

Comment avez-vous appris la mort du président Kennedy ?
Vers 14 heures. Les haut-parleurs ont retenti dans toutes les salles de classe pour annoncer l'assassinat de JFK. Au moment où je vous parle, je ressens toujours une forte émotion.

Quel âge aviez-vous ?
J'avais 16 ans. Et, c'est comme si le monde s'était arrêté.

Comme le 11 septembre 2001 ?
Non. A l'époque, la grande peur des Américains, c'était les communistes. Aujourd'hui, ce sont les terroristes. Le 11 septembre a généré une guerre et la haine à cause de Georges W. Bush, le pire président de l'histoire des Etats-Unis.
La mort de Kennedy, c'était différent. C'était la mort de l'espoir et de la jeunesse. La fin d'un rêve. Kennedy a fait beaucoup pour améliorer la situation de nombreux Américains. Malheureusement, il n'a pas pu faire tout ce qu'il souhaitait. C'est son successeur, Lindon Johnson, habile politicien, qui a repris ses idées.

50 ans après, l'assassinat de Kennedy nourrit encore les théories du complot...
Personne ne peut dire pourquoi il a été assassiné. La haine des Américains se portaient d'abord sur les noirs, puis sur les Juifs, les communistes et les catholiques. Or, Kennedy a été le premier président catholique. Du coup, naïvement, les gens pensaient que c'était le pape qui allait diriger l'Amérique. Internet n'existait pas mais la Maison blanche recevait beaucoup de courriers haineux.
L'autopsie n'a pas été faite correctement. Tous les témoignages n'ont pas été pris en compte. On ne sait pas précisément combien de coups de feu ont été tirés. Qui accuser ?
La mafia, le FBI -Hoover, le directeur, considérait que le frère Kennedy était trop laxiste à la tête du ministère de la Justice-, l'extrême-droite ? L'amérique était très violente. Elle l'est encore tout autant.

Comment expliquez-vous l'engouement autour du cinquantième anniversaire de la mort de JFK ?
Kennedy a marqué notre histoire. C'était l'espoir de toute la jeunesse. C'est lui qui a lancé la conquête de l'espace, de la lune, avant les Soviétiques. La grande peur des Américains, c'était les communistes. Il fallait les dépasser, partout. Aujourd'hui, ce sont les terroristes qui angoissent les Américains. Et puis Kennedy formait, avec sa femme Jackie, un beau couple, un couple idéal. Restons sur cette image. Oublions Marylin et la drogue qui lui permettait de surmonter ses douleurs dorsales. Les jeunes, aujourd'hui, demeurent très sensibles à Kennedy. On a besoin d'un héros, d'un modèle. Vous, vous avez de Gaulle. Kennedy était lui aussi un grand homme d'Etat.

Propos recueillis par Jean-Louis PIERRE