Ca tourne toujours rond

A priori, je n'ai rien contre les joueurs de foot. Du reste, quand le DFCO joue, je souhaite qu'il gagne. Il m'arrive même d'être en tribune au stade Gaston-Gérard. C'est dire ! Et puis, j'étais devant ma télé, comme tout le monde, pour voir triompher les Bleus face à l'Ukraine. Normal, la patrie était en danger.
Comme tous les adolescents, j'ai pratiqué ce sport pendant plusieurs années. J'en ai conservé une certaine sympathie et souvent me revient en mémoire, pour un petit croche pied de rien du tout dans la surface de réparation, les cris en direction de l'arbitre : « Péno, M'sieur, péno » (penalty pour les non initiés !)
Et le joueur qui se roulait à terre, en général, c'est qu'il avait morflé !
Nos stars s'appelaient Kopa, Fontaine ou Colonna. Ils semblaient à notre dimension, à notre niveau social. Aujourd'hui, nous avons des joueurs qui gagnent des dizaines, voire des centaines de millions d'euros. On parle beaucoup moins des dirigeants, entraîneurs et staffs, agents de joueurs qui amassent, eux aussi, des fortunes. Certes, le joueur de foot est emblématique mais sa maîtrise de l'instant décisif du coup de pied n'est pas du au hasard et c'est payant dans tous les sens du terme.

Là où le crampon blesse est la manière dont les joueurs s'expriment. Cela les met quelque peu en porte à faux (c'est le moins que l'on puisse dire) et, de surcroît, ils sont, de facto, sur le devant de la scène. Mais bon, on ne leur demande pas de dribbler avec la sémantique ni de s'imposer comme des grammairiens convaincus.
Le plus important, me semble-t-il, c'est que personne n'est choqué par les sommes indécentes et amorales qui circulent dans les milieux sportifs. De même, personne ne se pose de question sur les petites mains des gosses au Pakistan qui sont payés trois sous pour fabriquer les ballons de foot du monde entier. Personne n'est, moralement, dérangé par les Indiens qui construisent les stades de la Coupe du monde au Quatar et qui ont quasiment un statut d'esclave moderne, sans passeport, avec un salaire d'extrême misère. Ils meurent en silence. Personne ne se pose de question sur les commentateurs sportifs qui ,avec un vocabulaire très restreint, monopolisent le petit écran. Il y a là un mauvais remake du film « On achève bien les chevaux » de Sidney Pollack (1969 - marathon pendant la crise de 1929 où les candidats dansaient jusqu'à l'épuisement afin de gagner de quoi survivre). Pour information, c'est un grand classique du cinéma... sauf qu'ici, ce ne sont pas les joueurs mais le public que l'on achève.
En matière de foot, on peut faire tout et n'importe quoi, à n'importe quel prix, jusqu'à faire la grève devant l’impôt. Heureusement, la grève en L1 et L2, prévue le dernier week-end de novembre pour protester contre la future taxe à 75%, a été reportée à une date ultérieure par le syndicat des clubs de football professionnel (UCPF). Enfin, un peu de décence. Et notre DFCO ira donc bien jouer à Nîmes. Ouf !
Si les clubs de foot avaient un peu d'humour (plutôt rare dans les temps qui courent), ils feraient comme les cow-boys qui tombent de leurs chevaux et qui disent : «  Justement, on allait descendre  ». Et, au lieu de faire la grève, ils annonceraient : «  On a fait exprès de perdre ! » Et tac ! On mélange impôt et défaite sans aller pointer aux intermittents du spectacle dans la catégorie champions de rodéo.
Au fait, comment s'appelle le ministre des sports ? Celui qui confond Ronaldo et Christiano Ronaldo... Comme quoi, heureusement, mais ça n'engage que moi, il n'y a pas que le foot dans la vie.

 François Nedellec