Bienvenue chez les « Bonbix »

Beaucoup auraient pu rester chez eux afin de lire le 35e opus de la saga d’Astérix et Obélix (chez les Pictes), sorti, en grande pompe, la même semaine. Ils n’en firent rien et préférèrent se rendre à la désormais traditionnelle réunion publique sur le programme de renouvellement de leur ville : Chenôve, qui a décidé, avec cet ambitieux projet débuté en 2008, de « changer véritablement son visage et son image », comme l’a rappelé le maire Jean Esmonin, véritable Abraracourcix de cette soirée, qui fut applaudi à de nombreuses reprises, non sans avoir dû, parfois, élevé la voix sur quelques dossiers susceptibles de susciter une certaine zizanie, à l’instar du stationnement, des dessertes de bus, de l’avenir du centre commercial Saint-Exupéry…

Pas de bande dessinée lors de cette réunion publique du 23 octobre, mais un film permettant une plongée dans le futur cœur de ville de Chenôve, s’articulant autour d’une place centrale de 4000 m2 et de son Cèdre, l’Espace culturel et de rencontres, qui, tel un véritable menhir, permettra à Chenôve de rayonner dans toute l’agglomération. Et dont le chantier, qui bat son plein actuellement, a été récemment plébiscité par la Fédération française du bâtiment (FFB 21) pour ses Coulisses 2013 (voir nos éditions du X).
D’un coût de 13 M€, ce Centre au design des plus modernes offrira dès le mois de mai prochain autour d’une scène circulaire à l’acoustique soignée une capacité de 700 places assises (1 000 debout) et pourra accueillir une programmation qui séduira tout le Sud dijonnais, voire au-delà… Les bardes des temps modernes y auront, à n’en pas douter, plus de succès que leur ancêtre Assurancetourix, qui, dès qu’il prenait sa lyre et s’apprêtait à chanter, était attaché à un arbre par ses homologues gaulois peu sensibles – et c’est doux euphémisme romain – à ses vocalises.
Ce Centre accueillera également en résidence les associations culturelles, à l’image de la Musique municipale, du conservatoire de musique qui regroupe plus de 500 élèves, et possèdera une salle de danse pour les activités contemporaines.
«  En créant un véritable cœur de ville, qui manquait cruellement, grâce aussi à l’apport que représente le tramway du Grand Dijon, nous allons redonner une âme à notre ville. Une révolution structurelle et culturelle tranquille est en marche », a insisté Jean Esmonin, tout en détaillant : «  Plus de trois cents logements aux nouvelles normes environnementales verront le jour sur la centralité de ville avec, en pied d’immeubles, la création de commerces, de services, d’activités institutionnelles, d’un centre commercial ». Objectif : « favoriser l’attractivité de Chenôve tout en améliorant le cadre ainsi que la qualité de vie de ses habitants ». Une brasserie, où, à terme, pourront se tenir, comme dans tout album d’Astérix et d’Obélix qui se respecte, les traditionnels banquets, ouvrira également ses portes.
En guise de potion magique, pour ce programme d’envergure, un chaudron rempli de sesterces : plus de 140 M€ obtenus dans le cadre du renouvellement urbain, soit bénéficiant d’un partenariat exemplaire (la Ville n’investira que 9,45 M€ !). Un programme dont l’histoire a débuté, rappelons-le, avec l’explosion des bâtiments Charcot et Rude, respectivement les 17 avril 2008 et 3 novembre 2010, faisant souffler le vent du renouveau sur Chenôve.
Pour épauler le chef de village, pardon le premier magistrat de la Ville, lors de cette réunion publique, deux autres « guerriers gaulois » de l’urbanisme de l’agglo : Thierry Coursin, le directeur de la Société publique locale d’aménagement de l’agglomération dijonnaise (Splaad) et Michel Renault, architecte et promoteur.
«  Avec ce programme, pour lequel la Splaad agit aux côtés de la Ville, Chenôve change véritablement de génération », s’est ainsi félicité Thierry Coursin, se tournant avec envie vers l’avenir…
A l’image des nombreux Cheneveliers qui s’étaient déplacés en force à cette réunion publique : plus de 450 personnes ont, en effet, investi la salle des fêtes ce mercredi 25 octobre. A chaque édition (c’était la 4e du genre), le renouvellement urbain mobilise… Il est vrai que les bâtisseurs, depuis les temps immémoriaux, ont toujours attiré la foule.
Pour preuve, le succès de l’album intitulé Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, où la reine d’Egypte doit prouver à César la grandeur de sa civilisation en construisant un palais en plein désert. Elle confie le projet à Numérobis, qui demande alors de l’aide à nos intrépides gaulois qui se transforment, le temps d’un album, en bâtisseurs des temps anciens.
Adapté au cinéma par Alain Chabat, le film conduira des légions de spectateurs au cinéma, puisqu’il sera vu par pratiquement 15 millions de personnes, ce qui le placera au 4e rang du box office national.
A Chenôve, il ne fut pas question de palais dans le désert, réservé à quelques-uns, mais, bien au contraire, du futur cadre de vie de tous les habitants, de ce nouveau centre-ville où battra bientôt le cœur de la cité des Bonbis. Ceux que Goscinny et Uderzo auraient, qui sait, pu appeler les Bonbix !
Arnaud CUSH